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Masami, la passion des fleurs et d'un métier touche-à-tout

Writer: Bérénice Gits
Bérénice Gits
Jun 17
3 min read

"Tu prends l'allée centrale du cimetière, puis ça sera une porte verte au fond à droite". La première fois que je rencontre Masami, c'est à Plein Air, sa ferme florale parisienne, située derrière le cimetière de Belleville. Je suis ses indications et traverse les allées grises jusqu'à apercevoir la fameuse porte verte. En la poussant, c'est un tout autre paysage qui s'offre à moi : les pierres tombales laissent place à des rangées de fleurs et quelques arbres fruitiers agitent leurs branches au rythme du vent. 


Masami cultive ce champ depuis 2017. Ici, les fleurs sont sélectionnées pour leur beauté, mais également pour leur durée de vie en vase et leur compatibilité avec le climat francilien. Masami répartit ses journées de travail entre deux parcelles, alors ce lundi, à Paris, c'est rythmé. Il faut préparer une partie de la parcelle à la réception d'une nouvelle serre. Après avoir coupé quelques fleurs mortes, on se met au travail : on décharge le camion de graviers pour ensuite le remplir avec des morceaux de bois décomposés. Juste à temps pour midi : mission accomplie.


La semaine suivante, je rejoins Masami à SonChamp, l'autre terrain qu'elle cultive, situé dans les Yvelines. Les dimensions sont tout autre ! Ici, pas d'immeubles voisins, la verdure prédomine sur les 5 hectares qui lui sont alloués. La journée est dédiée à l'installation du système d'irrigation. C'est rarement un processus que l'on a l'occasion de voir sur une ferme, et l'idée de découvrir un aspect technique, presque mécanique, me met en joie. 


Nous voilà plongés dans une journée digne d'un cours de plomberie. Masami sort tous les outils et nous explique les différentes étapes à suivre. La matinée est consacrée aux mesures et à l'apprentissage dans l'art de percer les tuyaux juste ce qu'il faut. L'après-midi, la petite équipe que nous sommes se met en action sur les différents postes : un duo perce les tuyaux, pendant que l'autre binôme installe les joints.



Malgré la concentration ambiante, je ne peux m'empêcher de poser une multitude de questions : quel a été son parcours pour s'installer ? qu'est-ce qu'elle faisait avant ? qu'est-ce qu'elle aime dans ce métier ? et pourquoi les fleurs ? Masami est designeuse industrielle de formation. Elle travaillait à Londres jusqu'à ce qu'un beau jour, plus rien. Plus d'envie, plus de sens : il fallait faire autre chose. Elle découvre alors un livre pour enfant, dans les caisses de sa mère, libraire. Marquée par l'ouvrage, elle remarque que l'auteur est agriculteur au Maroc et s'empresse d'y passer quelques semaines. Cette première expérience de terrain la rend amoureuse de la complexité du métier. Masami enchaîne alors différentes expériences à l'étranger pour continuer d'explorer les tâches quotidiennes d'un agriculteur. Du maraîchage elle passe aux fleurs, notamment pour une histoire de rentabilité. Si le métier de floriculteur-paysan reste un véritable combat pour se dégager un salaire, la rentabilité au m² est légèrement plus élevée que celle d'un maraîcher. En creusant, je comprends que c'est surtout l'aspect touche-à-tout qui a séduit Masami : les connaissances dans des domaines variés, les savoir-faire pour manier diverses outils, et surtout la nécessité de se former en continu. "J'apprends tous les jours", me dit-elle. 



Sur le chemin du retour, je me demande si ce qui attire certaines personnes vers le travail de la terre n’est pas seulement la recherche de sens, mais aussi le lien direct avec le réel dans lequel cela nous plonge : rien n’est figé, rien n’est totalement maîtrisable. Il faut apprendre à jongler avec les intempéries, les problèmes techniques, le vivant. Dans un monde de plus en plus abstrait, cultiver oblige à apprendre encore, comprendre comment fonctionnent les choses, passer d'un outil à une plante, d'un geste technique à une réflexion plus large sur la manière de vivre. Comme si cultiver la terre permettait aussi de cultiver une certaine attention au quotidien, aux autres. Peut-être est-ce précisément pour cela que ce métier fascine autant celles et ceux qui le choisissent ?

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