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Matthew, le cresson et le temps partiel agricole

Writer: Bérénice Gits
Bérénice Gits
6 hours ago
2 min read

Pendant presque 7 ans, Matthew a été professeur d'anglais et cressiculteur : lundi et jeudi, à la Sorbonne ; mardi, mercredi, vendredi et souvent le weekend, au champ. C'est ce qu'on appelle le temps partiel agricole, et c'est bien plus courant que ce que l'on pourrait croire.

Lors d'un trajet matinal en voiture pour se rendre sur sa parcelle, Matthew me retrace le raisonnement qui l'a mené jusqu'à cet équilibre professionnel. Tout commence en 2010 avec une inscription dans une AMAP de quartier. Si au départ il s'intéresse surtout aux produits et à leurs différentes manières de les manger, au fil des années, son intérêt remonte les étapes de la chaîne de valeur jusqu'à sa source : le champ. Il profite alors de ses étés pour planter sa tente chez son maraîcher et commence, mine de rien, à se former. 2020, le COVID, et la vague momentanée de prise de conscience collective lui donnent de l'élan : il formalise un stage pour tester son activité de cressiculteur. 6 ans plus tard, Matthew possède 16 bassins dans lesquels il se rend tous les matins.


Lorsque nous arrivons sur sa parcelle, un îlot de verdure se dresse devant nous : des étendues d'herbes aux bassins, tout est complètement vert. Et pour cause, nous sommes en septembre, et la récolte du cresson de fontaine peut commencer. Ce végétal de la famille des Brassicacées (famille du chou et du radis) pousse les pieds dans l'eau. Si initialement Matthew voulait devenir maraîcher, la culture du cresson l'a séduit par le peu d'outils nécessaires : "il te suffit d'avoir des bottes et un couteau". Il avoue aussi avoir beaucoup apprécié le repiquage, un des premiers gestes qu'il a appris, et celui que nous réalisons ce matin.



On arrache quelques plants de cresson, devenus trop à l'étroit dans le bassin principal, et on les jette, racines vers le bas, dans le bassin voisin, pour leur permettre de continuer leur croissance. C'est effectivement un geste plutôt amusant, tout du moins distrayant.


L'achat du terrain a contraint Matthew à passer agriculteur à temps plein. Terminé la pluriactivité et ce rythme bien rangé qui lui permettait d'efficacement prioriser ses tâches à la ferme, mais aussi, et surtout, la tranquillité d'esprit de recevoir un salaire fixe chaque mois, lui permettant ainsi de mener son projet agricole sans pression de rentabilité. Puisqu'on le sait, pour des raisons tant climatiques que commerciales et industrielles, la rentabilité financière d'une exploitation n'est pas une mince affaire. C'est d'ailleurs un concept qui peine Matthew : "on créer tellement plus de choses que simplement de la valeur financière. Depuis que j'ai réhabilité les bassins, il y a toute une diversité de faune et de flore qui a suivi.”


Si les espoirs du commencement ont vite été rattrapés par la difficile réalité du métier, Matthew n'arrête pas pour autant d'aller de l'avant. Il a développé toute une gamme de produits d'épicerie à base de cresson ; il a le projet d'acheter les terres voisines pour permettre à un maraîcher d'y tester son activité, et depuis cette année, il a même commencé à faire les marchés. Pour les chanceux Parisiens, vous pourrez le retrouver le samedi matin, au marché de Charonne, et parfois le dimanche, à celui de la Butte-aux-Cailles.


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